jeudi 11 juillet 2013

The Moon is blue d'Otto Preminger (1953)

The Moon is blue ressemble à une grande bobine de paroles qui se dévide, vers toujours plus de franchise, toujours plus de lumière faite sur les intentions des personnages. C'est d'abord cela qui surprend dans le film, dès le début, faire de la drague, du couple et de la dispute une même affaire de divulgation, et non plus de mystère. Faire en sorte que les choses soient dites : tu me plais, ton argent m'intéresse, tu ne penses qu'au sexe, ce soir tu dors chez moi. En 1h40, le temps d'un huis clos, on traverse en accéléré tous les temps d'un couple par le seul fait de la parole, de ce qu'elle instaure du fait de son avancée et de son accumulation.

Ce très beau personnage de Patty O'Neill, dite "vierge professionnelle", motive cette décharge de paroles, à plusieurs reprises on lui dit qu'elle parle trop, on lui fait remarquer sa franchise, franchise qui invite toujours un peu plus les deux hommes (William Holden, David Niven) à lui dire précisément ce qu'ils attendent d'elle. Comme si la pudeur, la dissimulation, et le film le dit mieux que personne, se modulait, se mettait toujours au diapason de la pudeur ou de l'impudeur d'en face. Patty O'Neill incarne ainsi l'idée du film à elle toute seule, elle devient l'élément de référence à partir duquel les paroles et les actions vont se déterminer.
Le rebondissement devient alors dans le film ce moment où les personnages vont toujours un peu plus loin dans ce qui peut être dit et fait (accepter (600 dollars d'un inconnu), comme un lent décollement du surmoi qui en contrepartie atteint à la sérénité de la chose divulguée, par exemple à un moment il est entendu, entre les personnages, que Patty cherche à vendre sa virginité, il devient entendu qu'Holden peut alors se proposer pour l'acheter. Le film fonctionne alors à rebours de la transfiguration dans la séduction ou l'amour, il est dans une logique de dévoilement : de la vénalité, de l'intérêt sexuel, des besoins les plus primaires.
The Moon is blue agit ainsi comme une expérience de pensée plutôt que comme véritablement une comédie romantique, où il serait exigé des personnages qu'ils revendiquent le plus rapidement possible leurs besoins, sexuels, romantiques, financiers, comme s'il s'agissait presque d'une règle imposée par un jeu entre amis pris dans l'ivresse régressive de l'"action ou vérité". Ce refus de Patty de sortir manger restaurant peut être d'ailleurs assimilé à une douce prise d'otage, Patty semble d'ailleurs savoir depuis le début ce qu'elle est en train de faire, ce qu'elle veut et ce qu'elle va avoir; tout n'est pour elle qu'une question de temps.

On se rend compte dans le film, et cela peut valoir pour toutes les comédies romantiques, toutes les screwball comedies, que cette logique de divulgation (toujours parler, ne jamais mentir, ne jamais nier ce qui est vrai) motive trois actions, dans l'ordre : séduire, se disputer, se rabibocher. Trois moments qui se prolongent selon une logique d'entassement : parler c'est séduire, former un couple, parler encore c'est se disputer, parler encore un peu plus c'est se rabibocher. Comme si tout n'était qu'affaire de quantité de paroles, un certain poids de paroles mène à un certain résultat, à une certaine inflexion de l'action, une parole malheureuse apporte la dispute, une parole de plus, la réconciliation.

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